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Qu'est-ce que l'autisme ?

Témoignages

La parole aux parents

Jim

2. Deuxième partie

Après sa "psychose", le petit Jim avançait en âge. Il étonnait toujours ses parents par les mêmes comportements anormaux. Il décourageait les plus assidus et les plus patients de ses enseignants, surtout lorsqu'il leur remettait une feuille blanche en guise de réponse aux examens. Les changements d'école, les changements d'orientations, les redoublements de classes n'apportaient pas de solutions aux problèmes persistants.

Après bien des années, le professeur de français vint un jour à l'idée de demander aux parents de faire faire une évaluation afin de déterminer le quotient intellectuel du petit Jim. Cette évaluation devait mettre en évidence quelles étaient les capacités propices à être développées davantage; on aurait un indice pour adapter la formation scolaire.

Les Dupont ne pouvaient qu'approuver cette proposition. On avait essayé tant de choses; l'électroencéphalogramme était normal.

Et c'est ainsi qu'ils se rendirent peu de temps plus tard chez un pédopsychiatre dans un centre de consultation bien connu à Woluwé-Bruxelles, avec une lettre circonstanciée de la part de leur médecin traitant.

Ils passèrent plus d'une heure à expliquer à l'éminent spécialiste tous les détails du comportement anormal de leur fils, les difficultés, les échecs répétés, les inquiétudes, les changements d'orientations et tous les soucis qui les préoccupaient depuis bien longtemps. Ils conclurent en exprimant la demande de faire faire un quotient intellectuel, comme mentionné clairement dans la lettre du médecin généraliste.

Durant tout ce temps, le pédopsychiatre n'avait vraiment pas dit grand-chose. Il termina la consultation en proposant aux parents de prendre contact avec une dame, travaillant dans son service, digne de confiance, psychologue de formation; elle réglerait très bien ce problème.

Avant le départ : « C'est deux mille, Mr.Dupont. »

Contact fut pris avec un secrétariat central, en vue d'une consultation avec la psychologue.

Ainsi donc, quelques semaines plus tard, Mr.Dupont et Jim firent connaissance avec la dame, dans un couloir de l'établissement.

« Madame ... (présentations) ... le problème est comme suit : ...»

« Mr.Dupont, je n'ai pas besoin de savoir ce que vous pensez; vous me laissez Jim; le reste c'est mon affaire. »

Bref, sec, cassant.

La dame fit signe à Jim de le suivre et tourna le dos sans prendre congé.

Des jours passèrent, au cours desquels il y eut trois entrevues à huit clos entre la psychologue et le garçon.

Après cela, les parents furent convoqués, avec présence obligatoire de leur fils.

La psychologue fit part du résultat de ses investigations :

- « Voilà. Nous avons affaire à un puzzle. Les pièces du puzzle sont toutes parfaites, rien à redire : Jim, vous les parents, les soeurs, les professeurs. Tout est bon. Seulement les pièces du puzzle ne s'emboîtent pas bien l'une dans l'autre pour former un ensemble; c'est là où le bas blesse. »

- « Et puis maintenant, pratiquement quoi ? »

- « Faites en sorte que les pièces s'emboîtent, c'est tout. Mais pour cela il faut que Jim s'affranchisse; il doit se réaliser lui-même, en rejetant tout : vous, ses professeurs. Il doit apprendre à se révolter contre vous et ses professeurs. C'est ce que je lui ai bien expliqué; je crois qu'il a compris. Il doit faire sa vie à lui, comme il a envie, lui. »

Et ce même discours se répéta plusieurs fois de suite, avec assurance et autorité.

Après une demi-heure, le principal arriva :

« Ça fera dix-mille, Mr.Dupont. »

De cette aventure il restait deux choses :

- Tout d'abord, l'absence totale du moindre quotient intellectuel et l'absence d'un document quelconque pour acter ce résultat.
- Secondement, un Jim révolté contre toute autorité. En effet, le message était bel et bien passé. Les parents n'avaient plus rien à dire, c'était non à tout. En classe, le garçon se faisait mettre à la porte par le fait qu'il s'amusait à faire un croc-en-jambe au professeur qui arpentait la classe; ensuite il venait le narguer par la fenêtre entrouverte.

Les Dupont ont pu se rendre compte d'un fait à peine croyable : comment est-il possible qu'un psychologue puisse arriver, en quelques heures, à transformer radicalement un enfant autiste, gentil et serviable au départ, en parfait révolté, et à perpétrer une telle destruction mentale et morale dans l'esprit d'un enfant ?

Ce n'est qu'après de longs mois de patience et d'habileté, que lentement et progressivement les Dupont sont parvenus à endiguer la tempête et à remettre leur fils sur des rails convenables, en ignorant toujours quoi que ce soit sur son autisme.

Auteur : Jean-Pierre Naedts