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Qu'est-ce que l'autisme ?

Témoignages

La parole aux parents

Jim

3. Troisième partie

Les feuilles mortes des automnes pénibles et les printemps porteurs de promesses vaines jalonnaient depuis des années la vie des parents Dupont. Leur vie se passait comme dans l'obscurité, où l'on marche à tâtons, sans voir d'où l'on vient, sans apercevoir la perspective du moindre avenir. Ils continuaient de marcher ainsi, entourés par l'ignorance, et par l'indifférence.

En effet, dans les diverses écoles qui se sont succédées au cours de la jeunesse de leur Jim, et avec les changements d'orientation répétés, le triplement de classe, ils avaient rencontré combien de psychologues des P.M.S. successifs, affairés dans leurs dossiers. Ils avaient pu admirer leur manière de s'activer avec incompétence, ignorance et indifférence.

A présent, le petit Jim était devenu un grand gaillard. Et toujours encore, ses agissements restaient déroutants, ses silences inquiétants, ses résultats désastreux.

Vint un jour un printemps pas comme les autres. C'était le vingt-et-unième.

A l'issue d'une conférence traitant d'un sujet sans importance et depuis lors oublié, Mme Dupont rencontra une autre dame qui avait posé une question relative à son fils, autiste disait-elle, qui présentait d'étranges similitudes avec Jim. La conversation s'engagea, et en fin de compte :

"Puis-je vous conseiller, Madame, de prendre contact avec une association nommée APEPA; essayez de toucher le président; il s'appelle Mr. M.

Le soir même Mr. M. était au bout du fil de téléphone avec Mme Dupont.

C'était vite; oui, très vite. C'est ça le coeur d'une mère. Comme si, après plus de vingt ans d'attente, un seul jour de plus serait de trop. Mais voilà qu'une faible lueur pointait à l'horizon, un espoir.

Après une conversation fort longue, Mme Dupont reçut le conseil de se mettre en rapport avec Mr. Theo Peeters, à Anvers.

Inconnu des Dupont, et sans savoir où ils aboutiraient, un contact fut pris pour fixer au plus vite une entrevue. Mais l'interlocuteur ne l'entendait pas de cette oreille. Loin de hâter les choses, les Dupont reçurent comme devoir préalable d'écrire durant quinze jours tout ce qu'ils pouvaient se rappeler sur leur Jim : les difficultés précises, les réactions, les échecs, les satisfactions, les inquiétudes, l'histoire; en un mot : tout.

Ce fut ardu. Au bout du délai, le dossier comptait six à sept pages bien remplies; il prit ensuite le chemin postal vers Anvers.

Quelques semaines d'impatience encore, et arriva le jour de l'entrevue. Les Dupont furent reçus par un homme souriant, accueillant, débordant de cordialité et de simplicité ; et, chose inattendue et inconcevable, un homme capable d'écouter des parents.

"J'ai étudié attentivement votre texte", dit-il, "et je conclus que si votre fils n'a pas de l'autisme, je peux fermer mon affaire". Ce sera bien plus tard que les Dupont apprendront qu'ils avaient eu devant eux un des tout grands spécialistes en matière d'autisme, auteur de plusieurs ouvrages scientifiques, traduits en différentes langues, et directeur d'une école privée destinée à ceux qui désirent se former en vue de la prise en charge des personnes autistes (médecins, infirmières, logopèdes, psychologues, éducateurs, pédagogues, etc.). Ce n'était donc pas n'importe qui.

"J'écrirai un mot d'accompagnement, que vous remettrez de ma part, avec votre dossier et avec mes annotations, au Dr. Hellemans, psychiatre d'enfance et de jeunesse; je le connais fort bien. L'adresse..."

"Avec nos remerciements, et avant de prendre congé, pouvons-nous régler vos honoraires ?"

"Mr. Dupont", répondit Mr. Peeters avec son large sourire jovial et rassurant, "croyez que si je peux vous aider, c'est avec grand plaisir".

"Mais, j'insiste; vous avez passé des heures d'étude et de consultation".

"Oublions ça. Tenez, prenez cette brochure; elle vous sera utile. Et si vous avez encore besoin de moi, n'hésitez pas".

La troisième étape était franchie. Et voilà la quatrième : les Dupont débarquent chez le Dr. Hellemans.

Bref. Plusieurs consultations avec les parents seuls d'abord; ensuite quelques entrevues avec Jim; pour terminer par les parents seuls. Le tout au tarif convention mutuelle.

"Ma conclusion est claire : votre fils est handicapé par l'autisme. Cela veut dire..."

Suit alors des explications fort longues, y compris les problèmes sociaux : service militaire, allocations, avenir, ministères.

"Et maintenant pour terminer, je vous donne maximum deux ans, pas plus, pour faire en sorte que votre fils puisse graduellement apprendre à connaître son handicap, lui aussi. Il doit tout savoir".

Durant plus de vingt ans les Dupont avaient navigué, erré, battus par les tempêtes, toujours dans l'inconnu et l'immense vide de leur océan, en quête d'un rivage.

Aujourd'hui, un soulagement serein : "ENFIN, NOUS SAVONS !" Ce ne sera pas facile, mais à présent au moins nous marchons en suivant une route. Notre fils nous unit, l'un tenant sa main droite, l'autre la gauche. Désiré et conçu par amour, souci pour la vie, il restera objet de sollicitude et de tendre affection".

Auteur : Jean-Pierre Naedts